{"id":1,"date":"2024-09-16T18:15:00","date_gmt":"2024-09-16T10:15:00","guid":{"rendered":"http:\/\/jean-philippe-haure.art\/?p=1"},"modified":"2025-01-18T14:29:22","modified_gmt":"2025-01-18T06:29:22","slug":"portrait-ou-est-votre-ressemblance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/portrait-ou-est-votre-ressemblance\/","title":{"rendered":"Portrait, o\u00f9 est votre ressemblance ?"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<p>La question de la ressemblance dans un portrait est d\u00e9licate. Issu d'une g\u00e9n\u00e9ration n\u00e9e apr\u00e8s plus d'un si\u00e8cle de d\u00e9-construction occidentale, sur tous les plans artistiques, culturels ou litt\u00e9raires, il me devient difficile aujourd'hui de nommer les points qui font qu'un portrait, simple esquisse de quelques minutes ou \u0153uvre plus \u00e9labor\u00e9e, peut \u00eatre dit ressemblant au mod\u00e8le.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"https:\/\/www.j-philippe.net\/IMG\/jpg\/portraits-26-2.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.j-philippe.net\/local\/cache-responsive\/cache-1280\/b7ae712009269f0ddef9d98dcd3f8170.jpg?1600481789\" alt=\"\" \/><\/a><\/figure>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>La recherche de la ressemblance par l'artiste lors d'une s\u00e9ance de mod\u00e8le vivant peut se faire \u00e0 des niveaux tr\u00e8s diff\u00e9rents, en fonction du style ou de la mani\u00e8re dont le travail est r\u00e9alis\u00e9. Cependant, la ressemblance implique deux interpr\u00e9tations parall\u00e8les : d'une part, celle de l'artiste devant son mod\u00e8le, qui compare son \u0153uvre avec le mod\u00e8le, et d'autre part, celle du spectateur devant l'\u0153uvre de l'artiste, qui la compare \u00e9galement avec le mod\u00e8le.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Mais laissons de c\u00f4t\u00e9 la seconde interpr\u00e9tation pour tenter de comprendre la premi\u00e8re, celle de l'artiste devant son \u0153uvre.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"https:\/\/www.j-philippe.net\/IMG\/jpg\/portraits-6.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.j-philippe.net\/local\/cache-responsive\/cache-1280\/9b1ea0c7d766f4745b102a83f25e3cb4.jpg?1600481791\" alt=\"\" \/><\/a><\/figure>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>O\u00f9 est en effet cette ressemblance qu'il cherche \u00e0 traduire ? Regardant tour \u00e0 tour le mod\u00e8le et l'\u00e9volution de son travail, ajoutant des lignes et des couleurs sur le support, for\u00e7ant un contraste ici, effa\u00e7ant une \"erreur\" l\u00e0, bref, il travaille agilement sur une surface plane.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Mais il n'y a pas de lien entre cette surface plane travaill\u00e9e et le mod\u00e8le vivant.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Rien n'est semblable : un visage contre des lignes de graphite, une lumi\u00e8re contre une touche de gouache, un rythme exprim\u00e9 par quelques hachures dirig\u00e9es, une couleur physique contre une surface de pigments manufactur\u00e9s. Rien n'est comparable. Et pourtant tout est l\u00e0. Le mod\u00e8le est l\u00e0, encadr\u00e9 par les bords du papier, et en plus, il se ressemble...<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Un paradoxe appara\u00eet : il est impossible de voir la ressemblance ind\u00e9pendamment des lignes et des couleurs qui l'expriment sur le papier, et en m\u00eame temps, la ressemblance ne se r\u00e9sume pas \u00e0 cette combinaison de lignes et de couleurs. O\u00f9 se situe-t-elle donc ?<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>On pourrait dire que la ressemblance r\u00e9side dans l'intention de l'artiste, dans ce qu'il a vu de l'ordre invisible et qu'il a su traduire : ce caract\u00e8re, cette justesse, cette \"v\u00e9rit\u00e9\" ind\u00e9finissable. Ce qu'il a vu, c'est un espace entre son \u0153uvre et son mod\u00e8le. Et tout son travail consiste pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 rendre visible ce qui ne l'est pas, \u00e0 expliciter ce que l'on pressent sans pouvoir l'exprimer, et qui se cache derri\u00e8re un visage, une vie, un mod\u00e8le.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>C'est pourquoi un portrait r\u00e9alis\u00e9 par un artiste peut \u00eatre ressenti comme plus r\u00e9el et plus vrai que le mod\u00e8le lui-m\u00eame. Par une sorte d'alchimie cr\u00e9ative, le portrait r\u00e9v\u00e8le le sens cach\u00e9 derri\u00e8re les apparences.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Au niveau du langage des formes, de nombreux portraits dits \"non ressemblants\" sont plus proches de la r\u00e9alit\u00e9 ressentie que de l'impression qui se d\u00e9gage du portrait, qui est \"plus lui-m\u00eame que le mod\u00e8le\". On peut dire de ce portrait : C'est lui ! Pourtant, sur le plan du dessin, pas une ligne, pas une couleur n'est physiquement conforme au mod\u00e8le. Le \"lui\", transpos\u00e9 dans le langage des formes, devient \"c'est lui\".<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Ici, le jeu des couleurs et des formes donne naissance \u00e0 la vie. Souvent inconnue de l'artiste lui-m\u00eame. Comment capter cette vie ? L'habilet\u00e9 technique de l'artiste, suffisamment exerc\u00e9e pour \u00e9viter toutes sortes de maladresses, d'\u00e9checs ou d'erreurs esth\u00e9tiques, sera mise de c\u00f4t\u00e9, comme en sourdine, pour se positionner dans une sorte de pr\u00e9sence au monde, en surplomb ou en retrait, qui devient capable de capter et de traduire cette impression, comme sans s'en emparer.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>La pr\u00e9sence de l'artiste au monde est une sorte d'absence \u00e0 soi-m\u00eame. Une sorte de pr\u00e9sence distraite \u00e0 soi-m\u00eame qui permet d'\u00eatre pr\u00e9sent au monde...<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>C'est le contraire du regard scrutateur et possessif que captent les outils de l'analyse objective, plus adapt\u00e9s au d\u00e9montage qu'\u00e0 la recherche de sens, qui nous donne \u00e0 voir quelque chose comme les pi\u00e8ces d'un moteur \u00e9tal\u00e9es sur le sol de l'atelier du m\u00e9canicien.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Ce d\u00e9montage, dont la nouveaut\u00e9 est souvent tr\u00e8s s\u00e9duisante d'un point de vue artistique, tr\u00e8s ressemblante par ses parties d\u00e9mont\u00e9es et d\u00e9montrables, fait abstraction de tous les liens entre les parties, de toutes les articulations du visible qui nous donnent en transparence une vue d'un sens enfin saisissable par notre intelligence.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Ce d\u00e9mant\u00e8lement, dont est issue notre \u00e9poque occidentale, fait dispara\u00eetre les apparences, et par cons\u00e9quent, l'acc\u00e8s \u00e0 l'invisible que l'artiste per\u00e7oit de mani\u00e8re fugace. L'apparence est la condition d'\u00eatre de l'invisible. L'intelligible n'est jamais qu'une infime partie du sensible.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><\/p>\n<p><em>\"Pour moi, ces Act\u00e9ons modernes se vantent trop vite d'avoir d\u00e9couvert les secrets de la Beaut\u00e9 : faut-il, parce que nous avons analys\u00e9 l'arc-en-ciel et d\u00e9pouill\u00e9 la lune de son myst\u00e8re le plus ancien et le plus chaste, que moi, le dernier Endymion, je perde tout espoir, parce que des yeux impertinents ont regard\u00e9 ma ma\u00eetresse \u00e0 travers un t\u00e9lescope ?\" <\/em><\/p>\n<p><\/p><\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p><\/p>\n<p>&#8211; <em>Oscar Wilde, Le Jardin D'Eros. Traduction et Pr\u00e9face par Albert Savine.<\/em><\/p>\n<p><\/p><\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p> <\/p><\/blockquote>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"https:\/\/www.j-philippe.net\/IMG\/jpg\/portraits-7-2.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.j-philippe.net\/local\/cache-responsive\/cache-1280\/45844075d9db1659663e98e00310ab4f.jpg?1600481793\" alt=\"\" \/><\/a><\/figure>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Ce n'est qu'apr\u00e8s coup, ou \u00e0 travers le jugement d'un autre, que ce travail, souvent obscur lors de son ex\u00e9cution, se r\u00e9v\u00e9lera \u00eatre \"plus lui-m\u00eame que le mod\u00e8le lui-m\u00eame\", ressemblant, quant \u00e0 l'impression qui en \u00e9mane, \u00e0 l'entre-deux de la r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 l'espace entre la feuille et le mod\u00e8le, capt\u00e9 et traduit comme par accident.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"https:\/\/www.j-philippe.net\/IMG\/jpg\/portraits-15-2.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.j-philippe.net\/local\/cache-responsive\/cache-1280\/e7e98a02d0a6bf3d1f2045c28cbba30c.jpg?1600481794\" alt=\"\" \/><\/a><\/figure>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Je me souviens d'un professeur de dessin \u00e0 l'\u00c9cole Boulle qui, lors d'une s\u00e9ance de mod\u00e8le vivant, disait aux \u00e9tudiants que nous \u00e9tions alors de... \"ne jamais jeter un travail\" : \"ne jamais jeter un travail\".<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Aujourd'hui, j'ai le sentiment que parmi tous ces dessins entass\u00e9s dans un coin de l'atelier, se cache peut-\u00eatre la possibilit\u00e9 de ce regard apr\u00e8s coup qui pourrait r\u00e9v\u00e9ler un entre-deux, captur\u00e9 avec nonchalance et ignor\u00e9 jusqu'\u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Il s'agit peut-\u00eatre d'id\u00e9es nobles pour quelques lignes et couleurs sur une feuille de papier. Mais lorsque cette ressemblance devient une recherche qui s'\u00e9tend sur des ann\u00e9es et qui ne sera probablement jamais achev\u00e9e, elle m\u00e9rite quelques lignes qui soient \u00e0 la hauteur de ses attentes.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<figure class=\"wp-block-image\"><a href=\"https:\/\/www.j-philippe.net\/IMG\/jpg\/portraits-19.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.j-philippe.net\/local\/cache-responsive\/cache-1280\/21fe58f6301272e83b36edcb3d7b9a84.jpg?1600481796\" alt=\"\" \/><\/a><\/figure>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Ainsi,<br \/>Je dessine<br \/>Vous dessinez<br \/>Il dessine<br \/>Nous tirons<br \/>A dessein.<\/p>\n<p><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Seule une petite partie de ce qui est per\u00e7u est intelligible.<\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":574,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-1","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-thoughts"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/574"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}