{"id":916,"date":"2020-10-26T03:15:00","date_gmt":"2020-10-25T19:15:00","guid":{"rendered":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/?p=916"},"modified":"2025-01-17T08:41:55","modified_gmt":"2025-01-17T00:41:55","slug":"a-la-recherche-de-la-grace","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/a-la-recherche-de-la-grace\/","title":{"rendered":"\u00c0 la recherche de la gr\u00e2ce"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<p>L'artiste fran\u00e7ais Jean-Philippe Haure r\u00e9alise des peintures qui sont des r\u00e9cits sobres de personnes, de lieux et d'esprits balinais. \u00c0 premi\u00e8re vue, son art semble fragile, comme si un souffle de vent pouvait effacer la couleur et la ligne du papier en un instant. Mais son art n'est pas fragile : il a la force lin\u00e9aire d'un mariage robuste entre la couleur, la g\u00e9om\u00e9trie et le sujet qui ravit l'\u0153il et stimule l'imagination.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Haure a d\u00e9couvert la gr\u00e2ce de la beaut\u00e9 dans de nombreux endroits : dans la danse, dans des regards caustiques, parmi les pauvres, dans un moment d'anticipation, dans un toucher intime, dans la forme d\u00e9charn\u00e9e d'un homme solitaire, au milieu d'un festival et dans un r\u00eave abstrait.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Haure n'est pas obs\u00e9d\u00e9 par la duret\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine ou par les contraintes des traditions communautaires ; il exige plut\u00f4t que nous regardions de plus pr\u00e8s les d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s, nous invitant \u00e0 voir la gr\u00e2ce unique du survivant. Ses observations nous obligent \u00e0 prendre acte des in\u00e9galit\u00e9s qui gangr\u00e8nent la soci\u00e9t\u00e9. Mais ces r\u00e9alit\u00e9s douloureuses s'opposent au rituel insaisissable de la f\u00eate et aux femmes \u00e9l\u00e9gantes, finement coiff\u00e9es et v\u00eatues d'habits traditionnels \u00e9clatants : elles sont des pr\u00e9sences s\u00e9duisantes dans la profonde qui\u00e9tude d'une culture intemporelle.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le voyage dans l'univers figuratif et abstrait balinais de Haure ne commence pas par un sujet ou des questions esth\u00e9tiques, mais par un lavis color\u00e9 : l'\u0153uvre d\u00e9coule de cette base. <em>\"Pour moi, le lavage est tr\u00e8s important. C'est l\u00e0 que l'histoire commence\".<\/em> dit-il. <em>Lorsque je vois un \"mod\u00e8le de vie quotidienne\" dans la rue, cela me motive \u00e0 travailler. Toute question sur l'esth\u00e9tique doit d'abord \u00eatre r\u00e9gl\u00e9e au lavabo.\"<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>M\u00eame si l'\u0153uvre de Haure traite de la rencontre de la fantaisie et de la r\u00e9alit\u00e9, il saisit quelque chose de la nature spirituelle et du rythme \u00e9tudi\u00e9 de la vie balinaise. Il apporte des \u00e9l\u00e9ments d'\u00e9merveillement \u00e0 ses r\u00e9cits, de petits drames dot\u00e9s d'une compr\u00e9hension singuli\u00e8re de ses protagonistes, affin\u00e9e par des ann\u00e9es d'observation et de vie au sein de la communaut\u00e9 en tant qu'enseignant.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Ses sujets prennent vie gr\u00e2ce \u00e0 une palette de couleurs douces et \u00e0 une abstraction qui \"chuchote\" les \u00e9motions des spectateurs dans des \u0153uvres intimes telles que <em>Apr\u00e8s le bain (2006)<\/em>, <em>Couleurs d'Indon\u00e9sie (2006)<\/em>et <em>Melancholia (2013)<\/em>. La palette de Haure all\u00e8ge \u00e9galement l'aust\u00e9rit\u00e9 de ses \u0153uvres figuratives aust\u00e8res telles que <em>Le gardien du temps (2012)<\/em>, <em>Rester en vie (2012)<\/em>et <em>Garder \u00e0 l'esprit (2014)<\/em>. Il en r\u00e9sulte des exp\u00e9riences oniriques vari\u00e9es qui restent grav\u00e9es dans l'esprit.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Alors que l'art de Haure, avec toutes ses couleurs et ses lignes fines, sugg\u00e8re la facilit\u00e9 d'acc\u00e8s de la photographie, sa peinture exige que les spectateurs d\u00e9couvrent le c\u0153ur de ses r\u00e9cits, pour leur donner vie au-del\u00e0 du cadre et de ses surfaces lisses et s\u00e9duisantes. C'est ce qu'accomplissent de mani\u00e8re \u00e9clatante des portraits tels que <em>Apr\u00e8s le bain (2006)<\/em>, le triptyque <em>Dualit\u00e9 XVII (2008)<\/em>, <em>La sagesse derri\u00e8re l'\u00e2ge (2011)<\/em> <em>Un r\u00eave \u00e0 ne pas oublier (2012)<\/em>, <em>Le vent dans les arbres (2012)<\/em>, <em>Rester en vie<\/em>, <em>J'aimerais voir l'autre c\u00f4t\u00e9 (2012)<\/em>, <em>Melancholia (2013)<\/em>, <em>Garder \u00e0 l'esprit (2014)<\/em> . Dans cette s\u00e9rie de peintures, Haure parle franchement de vies v\u00e9cues en marge de la soci\u00e9t\u00e9, de luttes personnelles, de l'\u00e2ge, de l'isolement, de la tristesse, de l'angoisse mentale, de la perte et des r\u00eaves.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Ici, pendant quelques instants, nous sommes les voyeurs d'un calme de surface, mais aussi conscients d'une angoisse personnelle.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Il n'y a pas de tourment dans <em>La sagesse derri\u00e8re l'\u00e2ge<\/em> Mais il y a de la tristesse dans le visage, les yeux et la posture de cette \u00e9l\u00e9gante et belle femme au front pliss\u00e9, \u00e0 la main droite serrant son genou et aux doigts de la main gauche press\u00e9s sur sa t\u00eate, dont les seins voluptueux se d\u00e9tachent presque de sa robe. Ses yeux nous regardent mais elle ne nous voit pas : on sent qu'elle se retourne peut-\u00eatre vers sa jeunesse, vers l'\u00e9poque o\u00f9 sa beaut\u00e9 attirait les regards admiratifs, vers l'\u00e9poque o\u00f9 elle se dorlotait tout comme la jeune femme sulfureuse de <em>Apr\u00e8s le bain<\/em> ne.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"569\" height=\"330\" class=\"wp-image-932\" src=\"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-1.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-1.png 569w, https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-1-300x174.png 300w, https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-1-18x10.png 18w\" sizes=\"(max-width: 569px) 100vw, 569px\" \/><\/figure>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Il y a ici un plaisir tranquille, mais pas dans la peinture lunatique de Haure <em>M\u00e9lancolie<\/em>En revanche, la jeune femme regarde le sol sans se concentrer, les mains pos\u00e9es sur les pieds. Ses \u00e9paules inclin\u00e9es et son regard distrait t\u00e9moignent de la tristesse qui l'habite.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Haure r\u00e9alise ces trois femmes avec des lignes subtiles, des d\u00e9tails exquis et une abstraction qui semble surgir du sol comme une entit\u00e9 vivante, soulignant l'\u00e9rotisme naturel. Dans le triptyque <em>Dualit\u00e9 XVII<\/em>Cependant, la vieille femme, les bras le long du corps, le visage s\u00e9v\u00e8re et les yeux curieux de questions, regarde le monde, r\u00e9sign\u00e9e \u00e0 son sort. On peut voir une dignit\u00e9 tranquille dans sa beaut\u00e9 fissur\u00e9e, qui s'estompe, mais c'est n\u00e9anmoins la beaut\u00e9, et non un faux r\u00e9cit, qui met beaucoup de gens mal \u00e0 l'aise. <em>\"Nous avons peur de la beaut\u00e9.<\/em> d\u00e9clare Haure. <em>\"Nous sommes terrifi\u00e9s par la beaut\u00e9 en tant que tourment [car elle est] atroce, inaccessible. Je veux capturer le moment pr\u00e9cis o\u00f9 les choses sont exquises\".<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Haure's <em>Un r\u00eave \u00e0 ne pas oublier<\/em>; <em>Le vent dans les arbres<\/em>; <em>Rester en vie<\/em>; <em>J'aimerais voir l'autre c\u00f4t\u00e9<\/em>; et <em>Garder \u00e0 l'esprit<\/em> sont d'excellentes \u00e9tudes psychologiques d'hommes seuls, de figures solitaires qui, par leurs postures, sugg\u00e8rent la r\u00e9signation face aux difficult\u00e9s de la vie.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Accroupis ou debout, travaillant ou se reposant, face \u00e0 nous ou dos au spectateur, nous sommes conscients de leur abjecte lutte pour \u00eatre. Ils survivent en des temps difficiles, s'effor\u00e7ant de gagner leur vie du mieux qu'ils peuvent. Haure donne vie \u00e0 chaque figure gr\u00e2ce \u00e0 des lavis bien plac\u00e9s et \u00e0 des couleurs sourdes, qui rappellent l'expression libre du tachisme. Le trait descriptif de Haure r\u00e9v\u00e8le des couches de la vie de ses protagonistes.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Il y a \u00e9galement une certaine retenue dans la pr\u00e9sentation par Haure des personnages masculins dont il d\u00e9peint la vie difficile. Il s'agit d'une humanit\u00e9 appauvrie, captur\u00e9e avec gr\u00e2ce et respect : il n'y a pas d'id\u00e9alisation romantique ou nostalgique des personnages. Ici, une ligne \u00e9l\u00e9gante et des lavis abstraits combinent une duret\u00e9 et une douceur qui surprennent.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Un tendre souvenir est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par une main qui d\u00e9pose une fleur unique dans un pot de fleurs. <em>Un r\u00eave \u00e0 ne pas oublier<\/em> et en <em>J'aimerais voir l'autre c\u00f4t\u00e9<\/em> l'homme regarde longuement au loin, o\u00f9 il ne peut qu'imaginer une autre vie. Mais pour moi, les trois \u0153uvres figuratives les plus puissantes et les plus sensibles de Haure sont Stay Alive [voir couverture], The Time Keeper et Wind in the Trees, qui sont des peintures magnifiquement r\u00e9alis\u00e9es de tourments humains discrets.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>La figure vieillissante de <em>Rester en vie<\/em> est androgyne, le visage burin\u00e9 t\u00e9moigne de l'habilet\u00e9 du temps \u00e0 vieillir ; les doigts de sa main droite soul\u00e8vent un morceau de nourriture d'un porte-papier vers une bouche avide ; les doigts de sa main gauche tiennent une cigarette. Assis sur sa place abstraite, il semble que la terre et lui ne fassent qu'un. Les d\u00e9tails du visage, des mains, des doigts, des pieds et des orteils de Haure, ainsi que la fa\u00e7on dont ses v\u00eatements se plient pour r\u00e9v\u00e9ler son corps, ajoutent \u00e0 la pr\u00e9sence du personnage.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Les lignes fortes des os lav\u00e9s avec des teintes sourdes de bruns br\u00fbl\u00e9s, de rouges et de violets conf\u00e8rent au corps de l'homme en <em>Le gardien du temps<\/em> un sentiment de d\u00e9sespoir, renforc\u00e9 par les plis de ses v\u00eatements en lambeaux. Sur la peau rid\u00e9e du visage \u00e2g\u00e9, les yeux fixent le lointain, comme si ses pens\u00e9es \u00e9taient peut-\u00eatre des souvenirs jadis agr\u00e9ables, aujourd'hui perdus dans le doute du pr\u00e9sent. La cigarette allum\u00e9e qu'il tient mollement entre ses doigts fins ponctue ses pens\u00e9es.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>L'impression de d\u00e9sespoir qui se d\u00e9gage des portraits d'indigents r\u00e9alis\u00e9s par Haure est sans doute la plus frappante dans la figure courb\u00e9e et \u00e9maci\u00e9e qui se penche l\u00e9g\u00e8rement vers l'avant dans l'image de l'homme. <em>Le vent dans les arbres<\/em>. L\u00e0 encore, une combinaison de lignes fortes et d\u00e9licates et de teintes claires d\u00e9finit le caract\u00e8re et le lieu. Le fait que les portraits de Haure aient parfois la qualit\u00e9 du photor\u00e9alisme n'est pas un hasard, car l'artiste utilise la photographie comme outil et comme point de r\u00e9f\u00e9rence dans son travail artistique.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Dans son essai The Art Concept Rhapsody (2012), le critique Jean Couteau, originaire de Bali, souligne l'utilisation astucieuse de la photographie par Haure :<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>\"Les photographies ... contribuent aux lignes et, finalement, au contenu id\u00e9el de l'\u0153uvre. Mais comment une photographie peut-elle le faire ? En ne pr\u00eatant que certaines de ses lignes, les plus \u00e9vocatrices, tout en abandonnant tout contenu trop narratif et d\u00e9taill\u00e9. De la photographie, il ne restera finalement que le minimum n\u00e9cessaire pour sugg\u00e9rer une sc\u00e8ne, et \u00e0 travers cette sc\u00e8ne, une certaine compr\u00e9hension de la sensibilit\u00e9, de la tendresse et de l'amour. Tout est sugg\u00e9r\u00e9 plut\u00f4t qu'affirm\u00e9. Comme une humeur fluide qui d\u00e9passe alors les couleurs pour s'inscrire dans les lignes d'un r\u00e9el sublim\u00e9.\"<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Aussi \u00e9ph\u00e9m\u00e8re que puisse para\u00eetre l'univers de Jean-Philippe Haure, il est fond\u00e9 sur une observation fine et une foi chr\u00e9tienne profonde. N\u00e9 en 1969 \u00e0 Orl\u00e9ans, en France, sur les bords de la Loire, Haure a \u00e9tudi\u00e9 les arts et m\u00e9tiers \u00e0 l'\u00c9cole Boulle \u00e0 partir de 1983, date \u00e0 laquelle, selon l'artiste, <em>\"J'ai d\u00e9couvert l'amour du travail bien fait, les techniques pour y parvenir, la mani\u00e8re de d\u00e9velopper sa propre personnalit\u00e9 et sa cr\u00e9ativit\u00e9, le tout bas\u00e9 sur la connaissance de l'histoire de l'art, non seulement th\u00e9orique, mais appliqu\u00e9e dans l'atelier. Je sentais qu'il manquait quelque chose : la philosophie de l'art. Je voulais comprendre ce qu'est l'art. Je suis all\u00e9e \u00e0 la Sorbonne et j'ai suivi des cours. J'ai \u00e9tudi\u00e9 Idea, d'Erwin Panofsky, qui m'a ouvert les portes de la philosophie.<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>En 1989, il est devenu moine au monast\u00e8re b\u00e9n\u00e9dictin de Saint Beno\u00eet sur Loire o\u00f9, comme il l'indique, il a appris \u00e0 <em>\"plonger dans le silence, c'est ce que j'ai commenc\u00e9 \u00e0 apprendre au monast\u00e8re. Je me sens tr\u00e8s proche de cette vie.<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>En 1990, Haure est arriv\u00e9 \u00e0 l'\u00e9cole Sasana Hasta Karya \u00e0 Bali, en tant que b\u00e9n\u00e9vole, o\u00f9 il a enseign\u00e9 un vaste programme d'\u00e9tudes. Au cours des 30 derni\u00e8res ann\u00e9es, Bali et sa culture sont devenus partie int\u00e9grante de la vision artistique de Haure, dont la sensibilit\u00e9 \u00e0 l'\u00e9gard des sujets asiatiques rappelle celle de l'artiste fran\u00e7ais Paul Jacoulet (1896-1960), bas\u00e9 au Japon, notamment en ce qui concerne la figuration individuelle.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Mais l'art de Haure est \u00e9galement marqu\u00e9 par la richesse de l'esprit et des techniques d'un large \u00e9ventail d'artistes, dont Edgar Degas (1834-1917), en particulier la libert\u00e9 de ses dessins au pastel, l'orthodoxie acad\u00e9mique et romantique d'Ingres (1780-1867), le courage de la vie libre et sans compromis de Vincent van Gogh (1853-1890), la figuration balinaise de Willem G. Hofker (1902-1981), et les dessins au fusain de l'artiste singapourien Teng Nee Cheong (1951-2013).<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Ces artistes lui ont appris \u00e0 s'en tenir \u00e0 un seul endroit pour l'examiner de pr\u00e8s, car comme il le dit lui-m\u00eame, <em>\"Je pr\u00e9f\u00e8re m'enfoncer dans un m\u00eame lieu plut\u00f4t que de voyager pour d\u00e9couvrir tous les lieux communs de chaque endroit. Je n'aime pas la surface, je pr\u00e9f\u00e8re la plong\u00e9e\".<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Mais m\u00eame s'il est \u00e0 un endroit, la vision de Haure n'est pas rigide. Elle est pleine d'\u00e9pices et non de clich\u00e9s. Elle est empreinte de l'esprit d'aventure qui l'a pouss\u00e9 \u00e0 partir \u00e0 la d\u00e9couverte il y a tant d'ann\u00e9es et qui ne l'a jamais quitt\u00e9.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Comme il le dit lui-m\u00eame, <em>\"J'ai eu la chance de partir [de France] pour d\u00e9couvrir une nouvelle culture. Presque 30 ans de vie \u00e0 Bali m'ont appris \u00e0 quel point une culture est relative. L'universalit\u00e9 de la beaut\u00e9 les supprime. Je suis heureux d'\u00eatre n\u00e9 apr\u00e8s l'histoire moderne de la peinture europ\u00e9enne. Tous ces peintres m'ont apport\u00e9 la libert\u00e9. Ils ont lib\u00e9r\u00e9 le langage des formes. Mais pour moi, ils ne sont pas all\u00e9s assez loin. Apprendre \u00e0 faire du chaos est une chose, mais \u00eatre conscient de la beaut\u00e9 qui appara\u00eet dans ce chaos en est une autre.\"<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>La vie s\u00e9culaire et spirituelle de Haure nourrit sa nature r\u00e9fl\u00e9chie, o\u00f9 le silence et l'action sont singuli\u00e8rement unis. Il voit la dignit\u00e9 et la beaut\u00e9 dans de simples sc\u00e8nes intimes, tout comme il capture l'ali\u00e9nation chez les pauvres et une beaut\u00e9 intemporelle chez les privil\u00e9gi\u00e9s. Mais il ne juge pas, il laisse son abstraction lyrique et sa figuration nous guider dans son voyage artistique.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>C'est ce que l'on constate dans <em>En attendant le roi (2018)<\/em>qui repr\u00e9sente une sc\u00e8ne agr\u00e9able de deux gar\u00e7ons attendant le passage du roi. Les motifs luxueux des tissus drap\u00e9s t\u00e9moignent de l'amour de Haure pour la couleur et l'abstraction, mais aussi de l'intimit\u00e9 de l'instant immobile, comme dans <em>Couleurs d'Indon\u00e9sie (2006)<\/em> o\u00f9 une belle fille se penche en avant pour toucher doucement son pied avec les doigts tendus et<em> R\u00e9cifs coralliens (2019)<\/em> o\u00f9 une jeune femme, qui nous tourne le dos, est plong\u00e9e dans un \u00e9tat d'esprit pensif.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Haure cr\u00e9e une tension dans cette \u0153uvre gr\u00e2ce aux couleurs sourdes et au lavis de sa robe et \u00e0 des d\u00e9tails physiques tels que sa main tendue et son pied pli\u00e9.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>L'accessibilit\u00e9 de l'art de Haure est rafra\u00eechissante, tout comme sa qualit\u00e9 \u00e9th\u00e9r\u00e9e qui transporte les spectateurs dans des mondes tr\u00e8s priv\u00e9s. C'est dans le r\u00eave romantique et richement color\u00e9 que l'on trouve les \u0153uvres de Haure. <em>G\u00e9meaux (2004)<\/em>Le groupe festif richement d\u00e9taill\u00e9 et color\u00e9 de l'\u0153uvre intitul\u00e9e \"L'homme et la femme\", o\u00f9 les bleus riches et les rouges sourds dominants et la ligne fluide ajoutent \u00e0 une tension inhabituelle. Le groupe festif richement d\u00e9taill\u00e9 et color\u00e9 de l'\u0153uvre intitul\u00e9e <em>\u00c0 moins que vous ne connaissiez un autre chemin (2020)<\/em> renforce le caract\u00e8re onirique de l'art de Haure, tout comme l'\u0153uvre abstraite-figurative dramatique <em>Dualit\u00e9 XIII (2008)<\/em>Dans son art, il a su cr\u00e9er une union inhabituelle entre l'homme et l'animal.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le contraste est saisissant avec le moment personnel des deux femmes de l'histoire de l'Union europ\u00e9enne. <em>Dualit\u00e9 II (2006)<\/em> et la femme seule en <em>Quand la gr\u00e2ce abonde (2010)<\/em>. Il y a dans ces \u0153uvres, et dans beaucoup d'autres, un soup\u00e7on frappant de l'id\u00e9al pr\u00e9rapha\u00e9lite anglais de la beaut\u00e9 qui porte le r\u00e9cit abstrait et r\u00eaveur de Haure, et bien qu'elles soient touch\u00e9es par le sens du romantisme, elles ne sont pas, du moins \u00e0 mon avis, sentimentales. <em>\"La peinture abstraite est plus forte que toutes les autres peintures en termes d'\u00e9motion, et le dessin est \u00e9galement plus fort qu'une \u0153uvre finie. Je m\u00e9lange ces deux techniques\".<\/em> dit-il. Les r\u00e9sultats, comme nous le voyons, sont tr\u00e8s s\u00e9duisants.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Parmi les \u0153uvres les plus s\u00e9duisantes de Haure, on peut citer le diptyque tel que <em>Les deux c\u00f4t\u00e9s de l'histoire (2011)<\/em>) et les triptyques tels que <em>Dualit\u00e9 XVII (2008)<\/em> et <em>Dualit\u00e9 XIX<\/em>, <em>Vagues dans le ciel (2011)<\/em>Le mod\u00e8le de tous les personnages est l'\u00e9pouse de Haure, Reizka. [Le mod\u00e8le de tous les personnages est l'\u00e9pouse de Haure, Reizka]. Ces \u0153uvres t\u00e9moignent des aspects s\u00e9culiers et religieux de Haure.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le profane est le r\u00e9cit quotidien, formel et informel, des personnes repr\u00e9sent\u00e9es. La mani\u00e8re dont les \u0153uvres sont encadr\u00e9es rappelle les retables religieux que l'on trouve dans de nombreuses \u00e9glises catholiques. L'habilet\u00e9 artisanale de Haure et l'attention qu'il porte aux d\u00e9tails dans la fabrication des panneaux sont le fruit de ses \u00e9tudes \u00e0 l'\u00c9cole Boulle, il y a pr\u00e8s de 40 ans. Dans ces \u0153uvres, des dialogues tr\u00e8s humains et personnels se d\u00e9roulent dans des cadres feutr\u00e9s qui rappellent de vieilles photographies s\u00e9pia, o\u00f9 le lavis sugg\u00e8re le temps pass\u00e9.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"350\" class=\"wp-image-921\" src=\"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/asianart-news-thunmbl.jpg\" alt=\"\u00e0 la recherche de la gr\u00e2ce\" srcset=\"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/asianart-news-thunmbl.jpg 500w, https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/asianart-news-thunmbl-300x210.jpg 300w, https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/asianart-news-thunmbl-18x12.jpg 18w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/figure>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>En observant sa figuration, on a l'impression que la narration s'\u00e9tend bien au-del\u00e0 du cadre des tableaux, comme dans les retables religieux repr\u00e9sentant des sc\u00e8nes bibliques. L'ensemble de l'\u0153uvre est un voyage narratif complexe dont nous n'avons qu'un aper\u00e7u, faisant du spectateur le voyeur d'un monde priv\u00e9.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>On peut chercher un message dans les \u0153uvres de Haure, mais comme il le dit lui-m\u00eame, <em>\"Je n'ai pas de message. Je ne veux pas changer le monde, seulement me battre pour maintenir mon art en vie. <\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>Je ne juge pas le monde ou les gens dans mon art. <\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>La seule chose que je puisse dire, c'est que je veux voir l'autre c\u00f4t\u00e9\". Le monde actuel, note-t-il, est devenu un endroit o\u00f9 tout est devenu \"un objet \u00e0 des fins commerciales, y compris la vie humaine\". Si je touche une quelconque v\u00e9rit\u00e9, par accident, l'\u00e9motion, la beaut\u00e9, le lien spirituel ou l'amour prendront vie. C'est la cons\u00e9quence de mes actions, pas l'intention\".<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Quant \u00e0 l'impression de myst\u00e8re qui se d\u00e9gage de sa vision, les mat\u00e9riaux mixtes qu'il utilise s'y pr\u00eatent. Mais ce n'est pas quelque chose que Haure cherche \u00e0 faire, car le myst\u00e8re n'est pas cr\u00e9\u00e9 par le pinceau ou le crayon, il \u00e9merge de lui-m\u00eame au fur et \u00e0 mesure que l'artiste travaille.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>\"Je ne peux pas dire que je souhaite faire quelque chose dans mon art\".<\/em> Haure dit. <em>Ce que je fais, c'est pr\u00e9parer les conditions, en particulier pour l'\u00e9tape du lavage, o\u00f9 un \"\u00e9v\u00e9nement\" peut se produire. Je veux dire une forme de langage. En utilisant tous les outils dont je dispose (couleurs, texture, lignes, contraste, \u00e9quilibre, harmonie), j'assemble le tout dans une sorte de chaos. <\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>Parfois, quelque chose d'inhabituel appara\u00eet, une nouvelle \"musique\" dans le langage des formes se fait entendre. Je dois faire attention. Il est si facile de la d\u00e9truire en y ajoutant ma propre volont\u00e9. Si j'utilise ma volont\u00e9, j'\u00e9choue\".<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Jean-Philippe Haure est en qu\u00eate permanente de beaut\u00e9, une qu\u00eate qui s'insinue dans tout son art. La recherche de la beaut\u00e9 est une t\u00e2che difficile car elle exige tout de la personnalit\u00e9 de l'artiste et de ses comp\u00e9tences, de sa vision et de son esprit.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Comme le dit Haure,<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>\"La beaut\u00e9 est un lieu de repos, elle n'est pas joyeuse. Elle provoque parfois une frayeur qui nous fait nous \u00e9loigner. C'est l'apparition de l'ineffable, le langage du non-dit. <\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>La beaut\u00e9 n'accepte aucun compromis. Lorsque je travaille sur mon lavis et que j'essaie de faire appara\u00eetre clairement le mod\u00e8le, je dois prendre de nombreuses d\u00e9cisions (choisir des lignes au lieu d'un contraste, changer la couleur ou la saturation, utiliser une texture de lavis comme partie figurative, ajouter une ligne blanche, couvrir une zone, effacer certains d\u00e9tails, etc. <\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>Je pense que toutes ces d\u00e9cisions, ajout\u00e9es les unes aux autres, ont un effet intransigeant. Les peintures qui ne sont pas r\u00e9ussies sont h\u00e9sitantes et mi\u00e8vres\".<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Pour Haure, le monde est en perp\u00e9tuel mouvement. Dans son art, il cherche \u00e0 aller au-del\u00e0 de la surface pour d\u00e9crire un Bali riche en esprit.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Comme il le dit lui-m\u00eame, <em>\"Le monde que nous ne voyons pas nous rappelle toujours la magie, les c\u00e9r\u00e9monies, les rites, les sacrifices, les offrandes, la beaut\u00e9 et la fertilit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p>Dans toute recherche, il y a des surprises et des plaisirs, des succ\u00e8s et des d\u00e9ceptions. La qu\u00eate de la gr\u00e2ce de Jean-Philippe Haure est remplie de ces \u00e9l\u00e9ments, ce qui explique que son art soit profond\u00e9ment individuel.<\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"685\" class=\"wp-image-928\" style=\"width: 252px;height: auto\" src=\"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-1024x685.png\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-1024x685.png 1024w, https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-300x201.png 300w, https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-768x514.png 768w, https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image-18x12.png 18w, https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/image.png 1183w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><strong><a href=\"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/asianartnews_volume_30_number_1_2020_double.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger l'article en PDF<\/a><\/strong><\/p>\n<p><\/p>\n<p><\/p>\n<p><em>publi\u00e9e le 5 novembre 2020<\/em><\/p>\n<p><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il existe d'innombrables interpr\u00e9tations de Bali, un lieu o\u00f9 le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent se rencontrent souvent avec difficult\u00e9. L'\u00eele attire depuis longtemps une grande diversit\u00e9 d'artistes. La figuration et l'abstraction, la r\u00e9alit\u00e9 et le r\u00eave ont pris vie \u00e0 travers leurs \u0153uvres dans une myriade de r\u00e9cits s\u00e9duisants qui r\u00e9v\u00e8lent une soci\u00e9t\u00e9 complexe.<\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":917,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[],"class_list":["post-916","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-press-media-review"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/916","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=916"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/916\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/917"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=916"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=916"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/jean-philippe-haure.art\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=916"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}